Pourquoi les écologistes font-ils de la politique ?

Lorsque les écologistes sont sortis de leurs militantismes de base pour entrer en politique, ils ont suscité des étonnements et des remarques :

Publié le mardi 2 octobre 2012

« L’écologie n’est pas une question politique ! »

C’était le sentiment sincère de feu Madame Gavage, en 1982. Elle tenait haut le flambeau de son époux défunt, pour défendre la boucle de l’Ourthe. Elle souhaitait que tous les partis soient écologistes. Elle entendait probablement porter cette préoccupation dans l’un ou l’autre des partis traditionnels auquel elle souhaitait rester loyale. Cela l’honorait.

Évidemment, la question avait été posée avant la création d’Ecolo. Cela faisait plus de 20 ans que les écologistes criaient au casse-cou pour l’environnement systématiquement sacrifié à la raison de la Finance ou du Social. Nous avons frappé à la porte poliment, nous avons avancé l’urgence de renverser les priorités sous peine de compromettre tant l’économie que le social. Nous l’avons vu à Fukushima... La politique ne tentait pas les écologistes mais certains d’entre eux s’y sont résolus. Ce n’était plus un choix mais une obligation. Nous avons fait le pas le 1er mai 1980, lorsque nous avons ratifié les statuts d’Ecolo. Quelques mois plus tard, c’est à coup de béliers politiques que nous forcions les portes des Chambres fédérales et des Conseils provinciaux.

« L’écologie n’est pas de la politique mais une politesse »

Aujourd’hui, la question revient, notamment avec l’interpellation toute récente de l’ami Pierre Renoy, à la Cane-à-Buse [1] qui me tient une soirée pour m’en convaincre. Mais la question de fond est la même. L’enjeu n’est pas celui de quelques avaloirs non curés ça et là. L’enjeu, c’est encore et toujours de gérer non dans la démocratie autocratique mais dans la cohésion sociale.

Lorsque je suis monté en tribune la première fois au Conseil provincial, feu le Député permanent Bassleer (PS) m’a répondu, condescendant, que lorsque nous aurions la majorité nous pourrions faire ce que nous voudrions, à notre guise. C’était faire peu de cas de la minorité, de toutes les minorités auxquelles nous appartenons, de tous les citoyens que nous sommes. Ces notions étaient trop nouvelles pour ce vieux politicien. Elles le sont encore aujourd’hui pour la plupart des politiciens de ces vieux partis. C’est tout à l’encontre des fondements fédéralistes d’Ecolo qui entend contribuer positivement à la gestion, depuis les bancs de l’opposition autant que des bancs de la majorité. Pour prendre de bonnes décisions ensemble, il est urgent d’introduire des notions de sociocratie [2] dans la classe politique locale. Alors le citoyen pourra adhérer à la politique de ses mandataires. Enfin.

Une autre manière de faire de la politique !

N’est-ce qu’un vieux slogan ? Pour le dossier du pont de Tilff, j’ai la faiblesse de croire que si les citoyens tilffois s’étaient abandonnés à l’autocratie d’une ancienne bourgmestre, Tilff aurait été labouré par une rocade catastrophique pour l’urbanisme du village, comme il a déjà été fortement dégradé par la bretelle d’autoroute. S’il est moins catastrophique que la rocade, je ne pense d’ailleurs pas que le projet de Pont-passerelle soit acceptable non plus. La vigilance est toujours de mise pour ce dossier que les partis traditionnels ont mis au frigo, le temps d’une élection communale. Nous aurons encore besoin d’en débattre.

Et si nous pouvons enfin aboutir à une solution acceptable pour tous dans la question du Pont de Tilff, se posera alors la question des Prés de Tilff. Ce sera un autre beau défi pour notre "sociocratie locale" car le destin de cette prairie inondable influencera notamment le cours de la rivière, les inondations en amont et le charme de l’Ourthe. Laisserons-nous l’Ourthe être transformée en canal ?

Non, l’écologie est bien plus qu’une politesse. Elle est impérative et urgente. Et si elle devait être une politesse à laquelle tout citoyen se doit, alors j’espère que le 14 octobre 2012, l’ami Pierre sera poli. ;o)

par Benoît Dupret, ce 15 septembre 2012.

[1] sympathique café culturel de la rue Joseph Wauters 6 à Tilff, particulièrement animé le dimanche soir

[2] http://www.sociocratie.net/ , une pratique chère aux militants de la Transition ( http://villesentransition.net/ )