2° chronique du Pont de Tilff

La présente chronique est la suite naturelle de la 1° chronique "pont de Tilff".

En 2011, le Ministre Benoît Lutgen a porté le dossier au Gouvernement wallon en suggérant la rocade requise par Infrabel. Mais ne parvenant pas à convaincre son collègue le Ministre Philippe Henry, Lutgen n’a pas su décider. Il n’a donc pris aucune décision concernant la rocade avant de quitter son poste wallon pour la présidence du cdH. Une troisième fois, le cadavre du pont de Tilff est resté au placard ministériel.

Publié le mercredi 2 mai 2012

En décembre 2011, Monsieur Carlo Di Antonio a succédé à Benoît Lutgen comme Ministre des Travaux publics, de l’Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine. Le 25 janvier 2012, interpellé à propos du pont, le nouveau ministre annonce sa visite dans la quinzaine, à Tilff !

La rencontre de quelques personnes locales bien informées du dossier aidera-t-elle le nouveau ministre à s’éclairer ? Son prédécesseur, Benoît Lutgen, n’avait pas pu trancher, faute d’avoir su dégager une proposition que son collègue le ministre Henry aurait pu avaliser.

Le nouveau ministre s’est détourné de l’idée de rocade et a orienté le dossier du pont de Tilff vers une alternative de compromis.

Le 10 mars 2012, le ministre rencontrait les citoyens de Tilff qui l’avaient interpellé, notamment le comité du collectif QPPT, un représentant du comité de quartier de St-Val, et divers citoyens qui lui ont redit leurs soucis de bonne gestion des deniers publics, de sécurité, d’urbanisme, de tourisme, etc. Le ministre a aussi entendu l’une ou l’autre suggestions qui nécessiteront peut-être des études complémentaires, comme celle de regrouper plusieurs chantiers. Le ministre a exprimé explicitement sa faveur pour une proposition de remplacement du pont à l’identique+, comme la désigne le Collectif QPPT.

Infrabel cache son étude d’incidences

Le 10 mars 2012, les citoyens ont été peu nombreux à intervenir devant le ministre : ils ne disposent pas de l’étude d’incidences qu’Infrabel a soumis au ministre des Travaux publics wallons et ils sont donc réduits à devoir suivre la confrontation des divers partis politiques sans pouvoir accéder directement aux arguments du dossier qui ne leur est pas ouvert : la société Infrabel refuse l’accès à cette étude tant qu’elle n’y est pas contrainte par la procédure d’enquête publique pour son projet de rocade.

Au vu des éléments de cette étude d’incidences, qui filtrent malgré tout, on ne s’étonne pas de la confidentialité de cette étude : une heure après sa rencontre d’une petite fraction de la population, le ministre rencontrait à Esneux, le Conseil communal et deux représentants d’Infrabel. À ces deux représentants d’Infrabel, il a été demandé de justifier des chiffres de l’étude d’incidences qui ne tiennent pas la route :
- le prix d’une rocade avec ce que cela suppose de travaux de route, de divers ronds-points, du tunnel sous le chemin de fer, etc. ne supporte pas la comparaison avec le prix du remplacement du pont à l’identique, stricto sensus, comme l’envisage Infrabel dans l’étude d’incidences.
- l’étude comporte même une erreur grossière. Le prix de l’alternative Tufer est évalué à 2 milliards. Mais, sommé de justifier ce chiffre, Infrabel avoue que ce sont seulement des BEF ! Les chiffres étant des éléments essentiels de la conclusion de l’étude, de telles erreurs contraignent Infrabel au profil bas. Après 10 ans de saga comment est-il possible de n’être nulle part dans l’étude de ce dossier ? La responsabilité des dirigeants d’Infrabel est lourde.

Nonobstant ces problèmes, le ministre s’est clairement positionné pour un pont à l’identique+. Néanmoins, il a estimé qu’il ne pouvait pas partir d’une page blanche en raison d’une convention de 2009 qui liait Infrabel, le SPW et la commune d’Esneux pour la suppression de 3 PN (passages à niveaux). Pourquoi alors, lors du vote de la convention, la bourgmestre a-t-elle soutenu que cette convention qui bloquerait aujourd’hui le dossier, n’était pas contraignante ? De fait, c’était une manière déguisée de tenter d’imposer la rocade.

Mais que le ministre se rassure : la convention a été amplement violée, notamment par le retard énorme de l’étude d’incidences d’Infrabel. La convention prévoyait que la rocade serait en fonction en 2012. En 2012, elle est donc éteinte.

Le ministre peut être d’autant plus rassuré sur l’obsolescence de la convention de 2009 qu’à l’issue de sa rencontre du 10 mars 2012 avec les représentants d’Infrabel, ceux-ci avouaient devant la presse : "On ne peut pas obliger le ministre à prendre une décision" (DH du 12/03/2012 pg 10). Et si c’est vrai pour le ministre ayant la tutelle du SPW, c’est encore plus vrai pour le ministre ayant l’urbanisme dans ses attributions. Ce dernier n’est pas signataire de la convention de 2009. Écolo a constamment rappelé qu’une proposition du ministre des Travaux publics ... doit encore recevoir un permis d’urbanisme.

Toujours dans la suite de la visite du ministre des Travaux publics, la bourgmestre d’Esneux, le 14 mars 2012, établissait un parallélisme douteux entre les risques du PN de Tilff et la tragédie des 28 jeunes flamands décédés à Sierre, en Suisse, deux jours plus tôt dans un tunnel. Encore une fois, les citoyens de Tilff assistent à une confrontation politique à propos d’arguments dont ils ne disposent pas. La sécurité est certainement une préoccupation essentielle des pouvoirs publics mais si l’analyse objective des données de l’étude d’incidences faisait apparaitre le pont à l’identique plus sécuritaire que la rocade, l’utilisation de cet argument à contre-raison serait particulièrement odieux.

Dès lors Écolo insiste pour que l’étude d’incidences qui est établie par un service public, dans le cadre d’un chantier public, en vue d’une procédure d’enquête publique et financée par les pouvoirs publics, soit rapidement rendue publique. Écolo-Esneux se fait d’autant plus pressant qu’au vu des éléments ci-dessus, cette étude semble suspecte. Est-elle seulement utilisable ?

Le 29 mars 2012, tandis que la bourgmestre faisait distribuer un toutes-boîtes, le ministre annonce qu’il rencontre le 17 avril 2012, le Conseil communal et Infrabel pour dévoiler une proposition. Et voici deux vues de cette proposition de pont-passerelle élaborée par Philippe Colson, attaché de cabinet du ministre Di Antonio :

Ecolo se positionne :
"Le groupe local Ecolo-Esneux a pris connaissance du nouveau projet proposé par le ministre Di Antonio pour le remplacement du pont de Tilff. Ecolo se réjouit de voir enfin abandonné le projet de rocade, projet décrié par la population et auquel il s’est toujours fermement opposé. En ce qui concerne le nouveau pont tel que conçu au cabinet du ministre, dont on ne perçoit que quelques esquisses très épurées, Ecolo se prononcera après avoir pris connaissance de l’étude d’incidences qui devrait nous éclairer sur sa faisabilité. Signé : Anne Dister, conseillère communale. "

Après les élections d’octobre 2012

Les partis dits "traditionnels" ont magnifiquement su mettre le dossier du Pont de Tilff au frigo durant la campagne électorale. Mais dès la nouvelle majorité MR-PS connue, rebelote, ce 6 novembre 2012, le conseil revient avec une 2° convention pour un projet choisi arbitrairement dans l’ensemble des 6 projets qui doivent faire l’objet d’une étude d’incidences avant que l’un d’entre eux puisse être éventuellement élu. Comme en 2009, la majorité du Conseil souscrit à une convention pour un projet qui n’a pas suivi la procédure d’enquête publique et d’approbation par l’urbanisme.

C’est à nouveau un dossier incomplet que le Collège présente prématurément au vote du Conseil. Ce n’est pourtant pas un détail : le remplacement du pont de Tilff peut coûter plusieurs dizaines de millions d’€...

Le groupe Ecolo a estimé que du point de vue de la procédure, la proposition de convention est prématurée et invotable. Il s’est donc abstenu.

Une large partie du Conseil a engagé la commune pour un projet qui requiert une procédure qui n’a pas eu lieu. Cette partie du Conseil a-t-elle si peu de considération pour la procédure qui devrait permettre aux Tilffois de s’exprimer sur un projet qui conditionnera l’urbanisme du village pour plusieurs générations ?

Les Conseillers communaux ne sont pas tous de Tilff. Beaucoup de conseillers font partie du trafic de transit de Tilff : leur soucis est essentiellement de pouvoir traverser le village le plus vite possible.

Pour les Tilffois, le problème est fort différent. Lors de la campagne électorale qui vient de s’achever, le Comité de quartier de Tilff-centre a soumis un memorandum à chacune des listes en lice. Il ressort clairement de ce mémorandum, que le trafic de transit est un soucis important des Tilffois. Les usagers de transit n’ont pas de lien avec le village, ne saluent pas les personnes qu’ils croisent et ne se soucient pas trop des piétons ...

Y aura-t-il un projet qui répondra au défi du PiCM et des Tilffois qui, ensemble, soulignent le problème du transit de Tilff ? C’est ce que la lecture de l’étude d’incidences pourra nous faire apparaître ... dès qu’elle sera publique.

Ce 24 novembre 2012, un article de La Meuse, laisse entendre que les lignes 42 et 43 qui passent à Esneux, seraient condamnées dans l’année. C’est impensable et si c’est de l’humour noir, il est de mauvais goût.

M-F B : beau travail de synthèse !

D H : Très bonne synthèse du marasme actuel !

P G : Intéressant.

M G : Très intéressants éclaircissements. Merci.

E G : Merci pour ce texte riche d’informations.

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