1° chronique du Pont de Tilff

Pour un coup d’oeil général sur le dossier du Pont de Tilff de 2001 à 2011.

Publié le mercredi 2 mai 2012

Les prémices du dossier

2001, les services de vérification des ouvrages d’art du MET (Ministère de l’Équipement et des Transport, devenu SPW, Service Public Wallon) relèvent que les câbles de tension du pont de Tilff ont été corrodés par les épandages de sels. Les jours sont comptés pour le pont de Tilff construit après guerre à côté du pont détruit en 1944. L’Administration communale d’Esneux en est informée.

A l’insu des autres membres du Collège, l’échevin des travaux, Philippe Jamart, prend langue avec le MET pour une rocade. Diverses réunions ont lieux à Liège, dans les bureaux du MET.

2002, dans le cadre de l’étude Transitec en vue d’un PiCM (Plan inter-Communal de Mobilité), le pot-aux-roses de l’échevin des travaux qui participe pourtant depuis des mois à l’étude Transitec, est levé. Premier scandale du dossier. L’étude Transitec se termine et la question du remplacement du pont de Tilff y figure in-extremis.

Les tilffois informés s’inquiètent d’un projet catastrophique pour l’urbanisme du village et le 23 février 2003, certains d’entre eux jettent les bases d’un Collectif de citoyens. « QPPT ? » est créé.

Un projet de « Pont à l’identique+ »

Le 18 juin 2003, plus de 400 tilffois ont organisé une réunion et rempli la salle Brunsode pour dire leur point de vue aux élus de la commune et au service du MET dirigé à l’époque par Mr Delmarcelle.

Le 8 novembre 2003, la salle Brunsode a encore été remplie à l’invitation de l’Administration communale. La sécurité est au rendez-vous, appuyée par un chien d’attaque ! 5 projets possibles sont présentés. Lors de cette réunion, la bourgmestre socialiste à promis de soumettre le dossier au Conseil communal et de suivre l’avis du Conseil.

Le 18 décembre 2003, le Conseil communal a pris position pour un pont à l’identique en dépit du parti socialiste qui maintenait des arguments non fondés …

... il ne sera pas suivi : le jeudi 8 janvier 2004, une réunion (Collège communal, MET, fonctionnaire délégué à l’urbanisme, SNCB, membres de cabinet ministériel, ...) opte pour une demande de permis d’urbanisme pour un pont à l’identique moyennant des améliorations mineures (identique+).

Le 17 août 2004, la demande d’un permis d’urbanisme est déposée par le MET à l’Administration communale d’Esneux, pour un pont à l’identique+.

Du 14 au 28 septembre 2004, l’enquête publique en faveur d’un pont à l’identique+ est ouverte. Les réclamations nombreuses et en sens divers vont susciter une réunion de concertation. Lors d’une réunion publique préparatoire à la concertation, des représentants du PS vont se prêter à de grossières tentatives de manipulations. Enfin, lors de la réunion de concertation proprement dite, des délégués non mandatés des services d’urgences (à l’initiative de la mouvance socialiste) et de la SNCB (tjrs à l’initiative de la mouvance socialiste) vont encore tenter d’inverser la tendance.

En octobre 2004, le PS d’Esneux n’a toujours rien compris et réitère son déni de démocratie au Collège des bourgmestre et échevins en refusant le permis de bâtir du pont à l’identique.

En novembre 2004, suite au refus du Collège des bourgmestre et échevins d’Esneux, le permis d’urbanisme pour un pont à l’identique+ est à la signature au cabinet du ministre du Développement territorial, André Antoine (cdH) qui dormira un an sur le dossier.

Agora et les élucubrations de Michel Daerden

En même temps (novembre 2004), le MET commande une étude d’incidences au bureau Agora. L’analyse des données de ce rapport est en faveur du pont à l’identique+, en dépit des pressions du cabinet du ministre Daerden, qui apparaissent dans les contradictions des conclusions...

Le 7 décembre 2004, un député wallon interpelle oralement le ministre Daerden à propos du pont de Tilff.

Le ministre Michel Daerden répondra le 19 janvier 2005.

En avril 2005, Infrabel dispose de l’AR qui lui permet de supprimer le PN7 (au pied de Colonster). Dans la perspective de grouper trois suppressions de PN, cet AR ne sera pas directement utilisé.

Un pont provisoire est posé sur l’ancien tablier. Coût : 2500 € (location) + 1000 € (entretien) ... par mois !

Le dimanche 12 mars 2005, le village de Tilff est venu prendre son petit déjeuner au pied du pont pour réclamer le permis d’urbanisme qu’il attend. Attaché de presse, café, croissants, reporter nationale tout y est et l’affluence est au rendez-vous, y compris les moins jeunes et les quartiers éloignés, même ceux du vélodrome. Pour l’occasion et pour dénoncer les dépenses inutiles comme celle de l’étude AGORA, on poussera la chansonnette. Bien sûr, la bourgmestre Jenny Leveque est loin de sa population ...

Comme les autres partis, Écolo prend position via un communiqué daté du 25 décembre 2005.

Malheureusement André Antoine n’est pas en reste ...

Après avoir dormi un an sur le dossier, le Ministre André Antoine écrit, discrètement et honteusement, ne plus être compétent !

Le fonctionnaire délégué reprend donc la main et prépare sa plus belle plume pour signer le permis d’urbanisme pour le remplacement du pont de Tilff, à l’identique+, …

... lorsqu’en février 2006, le cabinet Daerden fait retirer la demande ! Les simagrées ministérielles ont déjà couté plusieurs millions d’euros à la Région, pratiquement le prix du remplacement du pont.

Le 5 juillet 2006, le Collectif QPPT ? sort une synthèse commentée de l’étude Agora. Elle reste un document majeure de ce dossier. À notre connaissance, ce document est resté incontesté.

Le 12 septembre 2006, à l’approche des élections communales, Ecolo-Esneux répond aux questions de QPPT ?.

Suite à ces élections, le PS d’Esneux perd le mayorat. Certains y voient la conséquence de ses prises de positions fantaisistes pour une rocade à Tilff.

Automne 2007. Le pont provisoire est démonté, juste le temps nécessaire pour supprimer l’ancien tablier qui menaçait de tomber. Le 3 sept. 2007, Ecolo-Esneux communique : "De qui se moque-t-on ?".

Le 30 septembre 2007, QPPT ? manifeste en dépit de l’interdiction de la nouvelle majorité MR-PS. Orchestre et discours sont tout de même au rendez-vous où apparaissent des élus régionaux à côté de la conseillère communale Anne Dister, et Marie-Do Simonet, ministre cdH qui n’a rien pu obtenir de son collègue Antoine.... Pas d’élu PS, pas d’élu MR. Le discours.

Laura comme Dutron : “...et je retourne ma veste ...”

Le 16 novembre 2007, lors d’une troisième réunion publique à Brunsode la nouvelle bourgmestre confirme que la majorité abandonne la reconstruction à l’identique du pont. Son électorat est scandalisé du retournement de veste libéral. Est-ce le prix du mayorat ? 4 esquisses de rocades sont présentées dont celle avec passage sous voie et débouché sur la pépinière de Tilff. L’assemblée populaire est claire : c’est NON aux rocades, même si elles sont sous voie !

Décembre 2007, Le Collège des bourgmestre et échevins d’Esneux (MR et PS) passe outre, une fois de plus, l’avis de la population et opte pour une "rocade ter", aussi appelée "pépinière".

Le 29 janvier 2009, le Conseil communal d’Esneux confirme la prise de position du Collège et entérine une convention entre l’Administration communale d’Esneux, Infrabel et SPW : ils ont choisi la solution de la rocade ter en dépit de l’opposition. Voir le tracé. Certains conseillers ont souhaité qu’une nouvelle option puisse être prise en compte ; il s’agirait d’un tunnel sous le Sart-Tilman, appelée TuFer (la lettre, le plan l’argumentaire pg1, l’argumentaire pg2 et l’option lambda). Ces options émanent de la concertation de trois architectes de Tilff. TuFer laisse songeur plus d’un conseiller communal. L’option est séduisante mais extrêmement dispendieuse (de l’ordre de 100 millions d’€ ?). Communiqué d’Ecolo-Esneux.

Le 3 février 2009, Philippe Henry, député fédéral, interroge Steven Vanackere, ministre des entreprises publiques, sur la portée de cette convention.

Des élections interviennent au niveau régional ; le ministre Benoît Lutgen (cdH) reprend les compétences (et le dossier du pont de Tilff) à Michel Daerden et le ministre Philippe Henry (Écolo) reprend sa compétence d’aménagement du territoire à André Antoine (cdH).

Le 11 aout 2009, accident au PN6, dit de l’île Rousseau. 1 mort.

Rocade pépinière : Infrabel gaspille aussi ses études

Le 8 octobre 2009, quatrième réunion publique au château Brunsode sur le même sujet du remplacement du pont de Tilff. Infrabel remet cela et présente à nouveau la rocade ter, 10 millions d’euros ... et le reste. Cette seconde étude d’incidences, par le bureau Aries cette fois, est inutile dans la mesure où les principaux éléments d’évaluation se trouvent déjà exprimés dans le rapport Agora très négatif pour une rocade. Ce « nouveau » projet n’est que du réchauffé, un mauvais "remake". C’est, tant qu’à présent, le dernier scandale politique de la saga du remplacement du pont de Tilff.

Dès lors qu’elle écarte la proposition rocade ter, l’assemblée de Brunsode demande que des alternatives soient envisagées et trois architectes de Tilff demandent que soit étudiée l’option TuFer déjà évoquée au Conseil communal d’Esneux le 29 janvier 2009. Cette proposition a le mérite de replacer la problématique du pont de Tilff dans le contexte de la mobilité de la région. Dans la foulée, Philippe Sterck, citoyen d’Esneux, présente en complément du projet TuFer, un tracé de métro sous Sart-Tilman. Il s’inspire du tram de Strasbourg. Si les autorités et Infrabel elle-même se sont avérées incapables de remettre le dossier dans son contexte de mobilité régionale on se réjouira de constater que les citoyens puissent y parvenir après 8 ans de harcèlement : voir Le Soir du 22 oct. 2009.

Le 18 novembre 2009, le député wallon Bernard Wesphael dénonce l’inutilité de l’étude ARIE et demande une décision rapide ; il interpelle le Ministre Benoît Lutgen dont la réponse figure en marge de la question. Le dernier paragraphe de cette réponse étonne : “Il me semble important de signaler que mon prédécesseur a retiré la demande de permis pour le remplacement du pont « à l’identique » sur base de l’avis négatif remis par le Collège des bourgmestre et échevins d’Esneux précisément dans le cadre de cette demande de permis.” L’invocation de cette prise de position du Collège d’Esneux est surprenante car le 8 janvier 2004, lors d’une réunion mentionnée ci-dessus, le Collège s’est rallié à une demande de permis d’urbanisme pour un pont à l’identique. Et effectivement, on sait qu’en octobre 2004, le Collège a refusé le permis de bâtir. Mais que faut-il retenir de la position d’un Collège qui change comme une girouette ? Rien !

Le 9 décembre 2009, le sénateur José Daras, par une demande d’explication, invite la nouvelle ministre des entreprises publique qui a la tutelle d’Infrabel, Inge Vervotte, à se pencher à son tour sur le dossier du pont de Tilff et à s’interroger sur l’utilité de l’étude Aries. Voici la réponse d’Inge Vervotte. Malheureusement, elle ne s’est pas penchée sur le dossier, sans quoi, comment aurait-elle fait pour avoir tout faux ? À émettre des contre-vérités, ne se dirige-t-on pas dans le mur ?

Mars 2010, RV avec Infrabel qui a annoncé son étude d’incidences. Avril 2010, pas de nouvelle de l’étude d’incidences d’Aries. Mai 2010, petit retard dans la publication de l’étude. Juin 2010, le rapport serait en phase de finalisation. "Cette étude d’incidences formule diverses recommandations que les demandeurs devront prendre en considération dans l’élaboration de leur projet", déclare Infrabel. Juillet 2010, "ce rapport est encore en phase de finalisation, il sera clôturé d’ici peu." Août 2010. "Il n’est actuellement pas prévu par Infrabel de publier l’étude d’incidences, même partiellement. Infrabel respecte et respectera la confidentialité de cette étude d’incidences jusqu’à la demande de permis. "

Cette confidentialité est-elle bien légale pour une étude d’incidences qui est partie intégrante d’une procédure publique ? Toujours est-il qu’il ressort de ces propos que le projet d’Infrabel serait solidement remis en cause par l’étude d’incidences : "Cette étude d’incidences formule diverses recommandations que les demandeurs devront prendre en considération dans l’élaboration de leur projet."

"Nous n’avons pas encore de timing pour le dépôt d’une demande de permis." Visiblement nous ne sommes pas près de voir la fin du pont provisoire, d’autant que le 6 août 2010, les Tilffois reçoivent un toutes-boîtes qui précède de peu un de l’échevin de l’urbanisme : le SPW remplace les planches du tablier du pont par un platelage métallique.

Ce 21 sept. 2010, article de la DH qui se résume par "Attendez ..." Mais nous ne faisons que cela ! Voici 6 mois que l’étude d’incidences devrait être disponible ! En fait, cet article se résume à un point d’orgue. Nihil.

Voir la suite dans la 2° chronique du "pont de Tilff".

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