Et dans 30 ans…

« Bonne année 2042 ! …qu’ils disent.

[Utopie : Esneux en 2042 par Olivier lB.]

Publié le mardi 31 juillet 2012

« Bonne année 2042 ! …qu’ils disent. J’en ai vu des bonnes années …et des moins bonnes aussi, depuis 18 ans que je fais les marchés. Il faut se lever tôt, préparer les colis commandés par le web, puis apporter la marchandise sur le terrain. Les lundis c’est le marché de Méry ou celui du Mont d’Esneux. Mardi c’est celui de Tilff, mercredi c’est devant l’école de Montfort ou à Avister, jeudi c’est au centre culturel de Fontin, et tous les samedis y’a la Foirette-à-Hony. Vendredi bien sûr c’est réservé pour le grand marché d’Esneux, même que mon grand-père y allait déjà. Dans tous les hameaux je vends des légumes d’Amostrennes, du fromage de Ham et du vin des Prés de Tilff, et puis tous les produits du pays d’Ourthe-Amblève… et des huiles essentielles du Valais parce que j’ai un cousin de par là qui m’en envoie. Souvent je vais au port de Tilff, pour aborder les ‘pénichettes’ qui arrivent depuis le trilogi de Liège. Ici on les appelle des bètchètes, malgré qu’elles avancent au solaire. Là je m’approvisionne en produits des lointains, mais surtout j’exporte les produits d’ici. La ville a très faim.

‘Faut dire que la vie a bien changé depuis l’époque du grand-père, du temps où on brûlait du pétrole rien que pour bouger les voitures ou se chauffer, du temps du chômage et de l’intérim, avant les ‘bubulles’ volatiles, avant le printemps de ’19, quand la richesse se réduisait à ce qu’on pouvait chiffrer. Heureusement ici on a vu le changement qui arrivait. On a fait ce qu’il fallait : trouver du lien entre les gens, aider ce qui était fait pour durer, fabriquer ici ce qu’avant on allait chercher là-loin. Ça s’appelle la résilience : mettre maintenant en place les moyens qui nous permettront de réagir aux bouleversements à venir. Ne pas brûler nos héritages, garder une poire pour la soif, et ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier. Que des vieux adages, on n’a rien inventé. Tout ça nous a réussi… ailleurs ils ne s’en sortent pas toujours aussi bien, ceux qui ont tout hypothéqué pour l’ancienne ’croissance’.

Esneux est devenu une commune à électricité positive, et puis on a arrêté de couper les vieux arbres comme s’ils venaient subitement nous envahir, et de planter des champs de parkings et des centres commerciaux sur les terres cultivables. C’est comme ça, un peu par hasard, qu’on a préservé l’Astania : une mauvaise herbe qui se trouve maintenant éteinte partout ailleurs, et qui guérit le Mal du Vide. Une fleurette indispensable aux astros pour garder la tête pendant leurs sauts hyperespace. Sans elle, pas de voyage. À la bourse de Pékin elle se vend plus cher que l’or, et l’ex-mauvaise herbe fait la renommée d’Esneux dans tout notre « village global ». Il paraît qu’on ne pouvait pas savoir, vu que le Mal du Vide n’existait pas avant. Un coup de bol ou le fruit de la prévoyance ? En tous cas ici personne ne s’en plaint, le bourgmestre (MR) fait comme si c’était son idée, et ses neveux font fortune sur nos champs. Des bourgmestres il en faudra toujours, qu’il paraît, et ils auront toujours des cousins et des neveux. Mais depuis qu’Esneux fonctionne en démocratie directe, on y voit plus clair dans les choix locaux : chaque citoyen peut poser des questions, E-voter les décisions depuis son salon, savoir ce qui est fait avec notre argent commun, et s’assurer que la Commune pense plus loin que les prochaines élections. L’implication, directe et critique, des citoyens a permis de résister aux manipulateurs qui vivaient de la crainte et des divisions, ceux qui avaient un intérêt à maintenir la population en situation précaire. Pour les autres niveaux de pouvoir, la Région, l’État et l’Europe, les gens continuent à déléguer à des élus, évidemment, car le monde ne s’est pas fait en un jour… mais Demain viendra. Par chez nous on a une phrase qui dit qu’un pont ça coûte au moins un pont, et que si tu le loues, c’est encore plus cher à la longue. Mieux vaut construire. À Esneux-Tilff, un pont ça pourrait même coûter deux ponts, qu’il paraît, à cause de la surenchère des siècles. N’y aurait-il donc personne d’assez sensé pour réconcilier nos deux villages après mille ans de cette bagarre puérile ?

Les écolos du coin m’invitent pour leurs 60 ans, le 29 septembre au Rond-Chêne. Soixante ans déjà, que ces utopistes sont là à nous bassiner avec leur foutue « transition écologique », à nous promettre monts et merveilles… et toujours rien ! Et pourquoi le Rond-Chêne ?? En vrai, il a rien demandé, le vieil arbre. Il a vu trente-six guerres et jamais personne ne lui a demandé son avis sur comment on devrait gérer son atmosphère. Il faut juste qu’il respire, et c’est pas rien de le dire. Mais s’il votait, je parie que je sais quelle couleur serait sa feuille. »

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Esneux2042

Bonne année 2042 ! … qu’ils disent


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